Scandale des abattoirs : le témoignage d’une éleveuse

témoignage abattoir par une éleveuse

Le témoignage rare d’une éleveuse qui s’exprime notamment sur les scandales récents dans les abattoirs français.
C’est une ferme comme certains d’entre nous ont eu la chance d’en connaître dans leur enfance, nichée au creux de la Haute Saône. Chantal a fondé son exploitation en 2007, elle y élève des bovins de race Hereford. Elle a accepté de nous parler de son activité d’éleveuse, sans éluder la question de l’abattage. Nous avons également souhaité recueillir son sentiment concernant les scandales récents dans deux abattoirs du Gard, et les réponses à y apporter.

1. Chantal, pouvez-vous nous présenter brièvement votre activité et votre quotidien d’éleveuse?

« La ferme que je gère abrite toutes sortes d’animaux, en plus de l’élevage bovin, il y a des chiens, des chats, des chevaux, des cochons, des lapins, des poules… Je soigne et protège tous ces animaux, à mes frais. Cela s’explique par certaines choses dont j’ai été témoin par le passé en travaillant dans des centres équestres, des petits élevages : j’ai vu le traitement qu’on infligeait aux animaux qui n’étaient là que pour être exploités. Donc, dès que je croise un animal en détresse, je ne peux m’empêcher d’intervenir.
Concernant l’élevage bovin, il se compose de 40 mères
et s’étend sur 44 hectares de terre. Quand on a des bêtes, il faut travailler 7/7 et ce toute l’année! Je commence à 7h en hiver et à 8h en été. Le matin, je fais le tour des bêtes, je vais voir si elles ont tout ce qu’il faut, si aucune n’est sur la route…L’après-midi, je vais voir chaque bête pour la câliner, soigner les bobos. J’ai une centaine de bêtes. Une demi-heure par jour, je m’occupe de la paperasse. 

bovin témoignage éleveuse

En plus de ce quotidien, il faut prévoir tous les trois mois, l’administration de vermifuge, une fois par an les analyses de sang. Bien sur, il y a aussi la trentaine de naissances par an qu’il faut gérer, et je souhaite assister à toutes ces naissances par instinct de protection. Au sein de ma ferme, j’ai décidé de tout faire à la main, à l’ancienne. Je n’utilise aucuns produits chimiques et nourris mes bêtes uniquement avec des aliments sains et le foin de mes prairies naturelles. 

Quand on a des bêtes, il faut travailler 7/7 et ce, toute l’année!

Financièrement, les chiffres pour la gestion de l’élevage sont très variables d’une année à l’autre. Il y a les dépenses récurrentes (fourrage, frais vétérinaires, assurances, etc. ce qui représente au minimum 30.000 €/an) et les recettes (quelques subventions européennes et de l’État, la vente des taurillons et le RSA). Sachez qu’il existe des cours de vente du taurillon, ainsi une bête rapporte entre 600 et 2.000€ selon les saisons et la qualité de la bête.
Malgré mes efforts, le bilan est négatif ».

2. Récemment, les images de l’abattoir du Vigan ont scandalisé beaucoup d’entre nous, quel regard portez-vous sur ces images, ces actes?

« J’ai été horrifiée, mais au fond de moi je sais que cela existe encore, malgré les lois et les efforts opérés par certains abattoirs. Selon moi, le personnel n’étant pas qualifié et embauché parfois au pied levé fait le terreau de situations comme on a pu les voir dans les images récentes.

Tout acte de mise à mort est un acte de violence, il est impératif de faire en sorte de pouvoir limiter au maximum le stress et les douleurs.

Ainsi, on peut suspecter que les portes sont parfois ouvertes à la « liberté d’expression » de certaines personnes pas vraiment équilibrées, et qui se défoulent à l’abri des regards. Il n’y a pas assez de visibilité pour les éleveurs qui s’intéressent vraiment au sort de leurs bêtes, y compris dans cette difficile étape .

Il est clair, que même dans le milieu agricole ça reste un sujet tabou.
Tout acte de mise à mort est un acte de violence, il est impératif de faire en sorte de pouvoir limiter au maximum le stress et les douleurs. Ces couloirs ne sont pas forcément adaptés a ce respect, encore moins les méthodes d’abattage halal et casher.
Il y aurait beaucoup à faire pour améliorer tout cela. Et surtout il devrait y avoir des sanctions vraiment exemplaires contre ceux qui dépassent les limites ».


3. Personnellement, avec quel abattoir travaillez-vous et comment vivez-vous cette étape?

 « Je suis rarement confrontée directement aux abatteurs dans la mesure où je vends surtout pour la reproduction sinon pour mes taurillons à des acheteurs, acheteurs qui ensuite décideront de l’abattoir. En outre, je suis particulièrement vigilante sur les conditions de transport.
Certains transporteurs n’hésitent pas à charger les animaux avec des bâtons, des coups de trique ou des chocs électriques etc…. J’ai refusé de cautionner un tel traitement et j’ai donc cherché des transporteurs raisonnables et, ils ne sont pas si nombreux que ça .
J’essaye de vendre un minimum de bêtes pour la viande et quelque part je refuse que mes animaux partent à l’abattoir de mon fait. Toutefois, si elles ne sont pas vendues, je suis prise à la gorge. Croyez moi, quand elles partent à l’abattoir, je n’en dors plus la nuit… » 

4. Que préconiseriez-vous, en tant qu’éleveuse, pour améliorer les choses en matière d’abattage?

 « Je pense qu il y a deux combats à mener simultanément :
1. Le transport des animaux
2. L’abattoir

Concernant le transport des animaux
Il faut savoir que dès que l’animal monte dans le camion il n’appartient plus officiellement à l’éleveur, étant donné qu’il a signé le passeport de l’animal à l’acheteur ou au revendeur. Il n’y a donc plus aucun moyen de savoir ce que devient l’animal, à part le jour où il reçoit le ticket de pesée de l’abattoir et son chèque.
Tous les transporteurs devraient être entièrement responsables sous la forme d’un contrat mentionnant l’état sortant de l’animal jusqu’à son arrivée à destination (perte de poids, blessures etc.). Concernant les revendeurs, il faudrait pouvoir établir un second contrat certifiant à l’éleveur le respect de la méthode d’abattage (et le choix de l’abattoir), ainsi que plus de visibilité sur leur travail . En outre, un organisme indépendant des services de l’État devrait pouvoir effecteur des contrôles sur cette étape du transport.

Au moment de l’abattage, l’animal se retrouve souvent face à face avec ses congénères déjà pendus et dont le sang coule, certains d’entre eux bougeant encore. Vous croyez franchement que ce qu’ils voient, ils ne le comprennent pas ? Non, un animal ne doit pas pouvoir ni voir, ni entendre le dernier souffle de ses frères!

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Concernant l’abattoir

Le temps c est de l’argent mais … ne pas entasser, ne pas pousser les animaux etc.. On peut perdre quelques minutes et être moins violent pour limiter le stress et la panique des bêtes. J’ai constaté que la structure des locaux est parfois inadaptée. Ainsi, les couloirs, les portes sont parfois mal agencés et ne conviennent pas : ils sont souvent dangereux pour les bêtes qui s’entassent, se poussent, se blessent.

L’odeur et oui l’odeur de la mort … une pure horreur pour les animaux. Un simple rinçage obligatoire avec un parfum recouvrant serait un plus. Au moment de l’abattage, l’animal se retrouve souvent face à face avec ses congénères déjà pendus et dont le sang coule, certains d’entre eux bougeant encore. Vous croyez franchement que ce qu’ils voient, ils ne le comprennent pas ? Non, un animal ne doit pas pouvoir ni voir, ni entendre le dernier souffle de ses frères!
Peut-être suffirait-il déjà d’agencer différemment les structures d’abattage ? »

5. Un Collectif, auquel l’AFAAD apporte son soutien, souhaite développer l’abattage mobile à la ferme, qu’en pensez-vous? 

« Je pense que l’abattage mobile offrirait enfin aux éleveurs investis dans le bien-être animal un plus, non négligeable.
Concernant la clientèle, la qualité de la viande serait supérieure car nous savons tous qu’une bête stressée ne donne pas une bonne viande.
Surtout, on aurait un réel apaisement moral de voir notre animal être abattu sans maltraitance, et sans stress.
Toutefois, il faut s’assurer du professionnalisme de la personne qui abat, de la méthode mise en œuvre et de la bonne organisation du camion abattoir.
Après, quelques questions se posent au niveau de l’éleveur quand à la gestion de la carcasse, la chambre froide, la découpe, la livraison etc… Mais c’est un autre problème qui peut sûrement se mettre en place rapidement avec la collaboration de tous.

Surtout, on aurait un réel apaisement moral de voir notre animal être abattu sans maltraitance, et sans stress.

La vente directe et le regroupement de points de vente locaux offriraient au consommateur, et grâce à labattoir mobile, une garantie de qualité supérieure. Bref, ce serait une solution gagnante pour les animaux, l’éleveur et le consommateur. »

Propos recueillis par C. Brousseaud, Présidente de l’AFAAD

Toutes les photos illustrant cet article nous ont été fournies par Chantal et sont celles de ses animaux. Nous la remercions chaleureusement pour sa gentillesse, son implication et son engagement pour améliorer le traitement des animaux dans les abattoirs.

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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