Témoignages de ces éleveurs qui dénoncent l’abattage de vaches gestantes

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Des vaches gestantes envoyées à l’abattoir, une pratique légale au regard de la règlementation, aussi cruelle puisse-t-elle paraitre. Les éleveurs et l’abattoir de Limoges sont montrés du doigt, quand bien même cette pratique concerne beaucoup d’autres abattoirs.
Mauricio Garcia-Pereira, l’employé auteur des images volées s’indigne : « On jette le veau dans une poubelle pleine de merde. Parfois, il bouge, comme s’il était vivant. On fait ça tous les jours, au moins cinquante fois par semaine. Comment on peut les tuer, nom de Dieu ? Des vaches pleines et des veaux qui sont en train de sortir ».
Parmi les raisons évoquées, certains éleveurs ont déclaré à la presse que le plus souvent ils n’étaient pas au courant de la gestation, ce qui en soi, est parfois possible. Mais est-ce vraiment le cas pour tous ? La question mérite d’être posée.
Nous avons demandé l’avis aux petits éleveurs avec lesquels nous travaillons pour connaître leur sentiment sur cette pratique.

Témoignages de ces hommes et de ces femmes qui refusent d’envoyer leurs vaches gestantes à l’abattoir. Entre colère contre ces pratiques inadmissibles et sentiment d’impuissance devant l’amalgame qui est opéré par le consommateur entre les producteurs et eux, petits éleveurs incarnant un modèle éthique et respectueux des animaux.

Pour Stéphane, il est inconcevable d’abattre une bête qui porte la vie

Stéphane, éleveur de vaches de race Highland dans le Puy de Dôme, nous a confié sa stupeur devant une telle pratique, pratique allant totalement à l’encontre son éthique.
Structurellement, Stéphane met tout en œuvre au sein de son exploitation pour que les vaches ne puissent pas être fécondées lors de l’engraissement. C’est aussi simple que ça et cela fait partie de son métier.

« Je ne peux concevoir de tuer une bête qui porte la vie. Les animaux de boucherie passent plus de 12 mois à l’écart du taureau et se trouvent dans un lot de bœuf castrés. Il n’y a donc pas de souci à ce niveau-là. Et comme mes animaux ne sont pas fugueurs et se cantonnent dans mes parcelles. Je n’ai pas encore eu le cas d’un taureau extérieur qui rentrerai sur mes parcelles où se trouveraient les vaches destinées à la boucherie. Si cela était le cas j’effectuerai avant l’amenée à l’abattage une échographie ».

Vaches highlandLe troupeau de bovins de Stéphane de race Highland

« De manière générale j’ai un très un grand respect pour les mères et leurs veaux. Les vaches sont la matrice de mon élevage. Sans elles je ne pourrais pas être éleveur », ajoute-t-il.
Malheureusement, selon lui, « cette pratique de la vache gestante est courante. Certains éleveurs l’utilisent pour  » accélérer » l’engraissement de certaines vaches ».

Quoiqu’il en soit une chose est certaine pour Stéphane « il est impensable pour lui de faire cela, et même si certains veaux ont une destination bouchère au bout de 5 ans, leurs vies auront une véritable valeur, qu’elle soit énergétique, nutritionnelle, environnementale ou éthique ; et cela sera transmise aux futurs consommateurs ».

Vaches HighlandLe troupeau de bovins de Stéphane de race Highland, Puy de Dôme

Benjamin : Cette dénonciation nécessaire condamne en premier lieu les petits éleveurs respectueux des animaux comme lui

De son côté, Benjamin est un tout jeune éleveur de vaches Blondes d’Aquitaine dans le Lot et Garonne, un métier qu’il a commencé dès l’âge de 15 ans, une passion.

Aujourd’hui âgé de 27 ans, il n’a pas oublié les propos tenus par un vétérinaire il y a quelques années : « Te casse pas la tête envoie des bêtes pleines à l’engraissement, l’anabolisme gravidique ça te parle ? ». C’est dire combien la pratique existe depuis des années.
Benjamin nous confie d’abord son inquiétude devant la multiplication de ces scandales, pourtant convaincu que les choses pourraient être faites dans le respect et l’intégrité des animaux.
Éleveur à la tête d’un petit troupeau, pratiquant la vente directe, son exploitation survivra-t-elle à cet énième scandale ? La question commence à se poser sérieusement.

Benjamin nous explique comment il s’assure que ses vaches ne sont pas gestantes. « J’engraisse mes bêtes à un rythme plutôt lent (7 mois), ce qui me permet de voir si elles sont gestantes ou pas. Après, j’ai un petit élevage, donc je suis très proche de mes animaux et du coup très présent. Si jamais un jour cela m’arrive, je pense qu’une fouille systématique serait opportune ».

Puis il nous livre son sentiment vis-à-vis des méthodes de l’association L214, un sentiment ambivalent l’habite.
S’il lui reconnaît sa probable capacité à « faire changer les choses », il nous alerte sur la situation critique des petits éleveurs qui en sont les premières victimes.

Ce qu’il déplore le plus est la typologie des montages vidéos, volontairement conçus pour faire le buzz, sans pour autant remettre en cause leur nécessité : « Sur cette dernière vidéo, on voit 5 veaux plusieurs fois, ça me met en colère parce que le consommateur en voit 25 alors qu’il n’y en a que 5. Oui ça ne devrait pas arriver mais 1000 bêtes par semaine ,6 mois de tournage pour 5 veaux ils en font trop même si on est d’accord que ce genre d’association peut faire changer les choses ».

Blondes d'aquitaineLe troupeau de bovins de Benjamin de race Blondes d’Aquitaine, Lot et Garonne

Benjamin est convaincu d’une chose : « Les « éleveurs » qui consciemment envoient des bêtes gestantes à la mort ne sont pas des éleveurs, ce sont des producteurs de viande c est incomparable, on ne fait pas le même métier ».

Cet éleveur souhaite également que le grand public prenne le temps de découvrir son métier, sa réalité et les conditions de vie de ses animaux. Il va même plus loin, et souhaiterait que la transparence s’opère sur l’ensemble de la filière de l’élevage en passant par le transport et enfin l’abattage.
« J’ouvre, dès que je le peux, les portes de ma ferme pour que le grand public s’aperçoive que même en tant qu’éleveur, envoyer des vaches à l’abattoir suscite un réel pincement au cœur, qu’il nous arrive d’euthanasier des veaux souffrants ».
Il ajoute « Que oui, il y a des choses à changer, mais qu’il faut que le grand public soit conscient des nombreux progrès déjà réalisés ».
Pour ce petit éleveur, « la viande ne doit plus être consommée et produite comme elle l’est depuis des années ».

Benjamin défend un modèle agricole paysan pour qui « l’élevage est vital et à un but certain dans nos vies. Ce modèle doit vivre autant que les éleveurs et leurs troupeaux qui le perpétuent ».

Ce ne sont que des producteurs de viande s’insurge Chantal, pas des éleveurs !

Chantal, que nous avions déjà rencontrée est éleveuse de bovins de race Hereford . Sur ce sujet, elle ne cache pas son indignation.

Pour Chantal, éviter les fécondations de ses vaches est une évidence : « Bien sûr , pour cela il suffit de ne pas mettre sa vache en présence d’un mâle quelques mois avant, et de toujours vérifier avant le départ.. S’il y a un moindre doute, il faut faire intervenir son vétérinaire. C’est de la responsabilité de l’éleveur ».

Elle préconise même un contrôle obligatoire des vétérinaires sur cet aspect-là : « Toutes les femelles arrivant à l’abattoir devraient subir un contrôle ante mortem par le vétérinaire, pour s’assurer que les vaches ne sont pas gestantes. Et si la vache est pleine, refuser l’abattage et obliger l’éleveur à la reprendre ».  Elle estime que dans ce cas l’éleveur « devrait assumer l’intégralité des frais (déplacement, indemnisation pour l’acheteur) afin qu’il se responsabilise par rapport à cette problématique ».

Taureau HerefordUn taureau de Chantal, de race Hereford, Haute Saône

Pour cette éleveuse, un éleveur qui fait abattre ses vaches gestantes sciemment n’est pas un éleveur. La base de ce métier est pour Chantal « le respect de la vie animale et de la règlementation en matière de bien-être animal ».
Elle estime également que la DSV se devrait « d’agir plus fermement sur cette question en sanctionnant très sévèrement les récidivistes ».
« Ces actes sont la preuve d’un non-respect des animaux et sous entendent un traitement de leur bétail plus que douteux, ce ne sont que des producteurs de viande ».
Et de terminer par ces mots « J’ai honte pour eux ».

Le principe de précaution dans le cas de la tuberculose bovine

Une autre éleveuse de Côte D’or est très en colère. Elle est confrontée à ce problème, mais pour une toute autre raison. La région sujette aux épidémies de tuberculose bovine applique drastiquement ce que l’on pourrait nommer le « principe de précaution », quitte à ordonner l’abattage express de vaches gestantes !

Ainsi, elle nous alerte sur sa situation et le désarroi des éleveurs concernés : « Il est intolérable de voir de telles horreurs, la faute à qui ?  Hélas, nous. Dans notre région nous sommes confrontés au dossier de la tuberculose bovine !  Et effectivement nous sommes contraints de laisser partir des vaches gestantes à l’abattoir , avec pression de la DDPP  bien entendu ! force est de constater que ceci dure depuis plus de 10 ans ,  des troupeaux de 150  à 200 bêtes partent ainsi , à ce jour nous n’avons toujours pas éradiqué la maladie  et l’hémorragie continue ».

14525162_1216406471751533_19264928982798819_oLe troupeau de Chantal, en Côte d’Or

Un article lui avait été consacré en mai dernier, car elle refusait l’abattage de ses vaches gestantes s’exposant à des sanctions : « De plus, qu’on ne nous oblige pas à éliminer les bovins en gestation, comme on m’a demandé de le faire en décembre. J’ai refusé. Résultat : la DDPP m’a menacée de faire abattre mes 140 bêtes. Enfin, qu’on laisse les vaches en vie lorsqu’elles ont des veaux, jusqu’au sevrage vers 6 ou 8 mois. » demandait-elle il y a quelques mois.

Elle aussi a donc été un « lanceur d’alerte », mais qui s’est intéressé à son cas?

 

Ces éleveurs ont accepté de témoigner de leur quotidien et d’évoquer le sujet de l’abattage des vaches gestantes. Pour eux, la vie doit être respectée et il est impensable d’envoyer à l’abattoir une vache gestante, ce serait à la fois une double exécution et la négation de leurs valeurs.
La distinction qu’ils opèrent entre leurs modèles de petits élevages et celui des producteurs de viande est fondamentale. Malheureusement, certains discours simplistes jettent l’opprobre sur l’ensemble de la profession, et donc aussi sur ces petits élevages.
Plus grave encore est l’impact de la multiplication des scandales dans les abattoirs. In fine, elle met sous pression nos petits éleveurs déjà en difficulté, et pourtant respectueux de la terre et des animaux qu’ils élèvent.
On est en droit de se questionner légitimement sur ce qu’il restera dans 20 ou 30 ans de cet élevage paysan que certains voudraient voir disparaître…

NB. Toutes les photos illustrant cet article nous ont été fournies par les éleveurs qui témoignent. Merci à eux.

Rédaction C. Brousseaud, Présidente de l’AFAAD

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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