[Témoignage éleveur] « Du porc à 3€ le kg, c’est de la viande 100 % souffrance animale ! »

Témoignage éleveur abattoir

Notre association souhaite activement entendre et relayer la voix des éleveurs sur le sujet de l’abattage. Premiers acteurs confrontés quotidiennement au monde de l’abattoir, il est essentiel de comprendre leurs problématiques, leurs attentes, leurs besoins.
Comment prétendre s’emparer d’un tel sujet sans entendre et diffuser ce qu’ils ont à exprimer ?
Nous sommes heureux de vous proposer ce jour une interview que nous a accordé Monsieur Eric Simon, éleveur de porcs en plein air et en BIO ainsi que de brebis en système sylvo-pastoral. Eric est installé dans le Lot, sur le Causse de Rocamadour.
Nous remercions Eric pour sa sincérité et sa disponibilité pour évoquer avec nous ce sujet.

En tant qu’éleveur, pouvez-vous assister à la mise à mort de vos animaux et vous assurer de la bonne mise en œuvre de l’étourdissement ?

Eric Simon :
« D’abord, avant de parler de la mort des animaux d’élevage, rappelons que pour nous ce qui prime c’est de leur donner une bonne vie ; c’est ce à quoi nous nous employons chaque jour ; rappelons aussi qu’il s’agit de nourrir les hommes ; nous sommes donc avant tout au service de la vie.
Cependant au bout du chemin, il y a la mort des animaux et celle-ci doit se faire avec le moins de souffrance ; malheureusement pour nous éleveurs, c’est quelque chose que nous ne maîtrisons pas. Nous ne pouvons que faire au mieux pour ce qui dépend de nous : élevage, chargement des animaux, transport, déchargement des animaux à l’abattoir dans le calme (si besoin en écartant le bouvier afin de laisser aux bêtes le temps de se rassurer avant de descendre des bétaillères), mais la partie abattage nous échappe totalement.
Nous ne pouvons pas assister à la mise à mort de nos animaux ; une fois qu’ils sont déchargés et parqués dans la bouverie, nous n’avons pas accès à « la suite » ».


Quels contacts entretenez-vous avec les « abatteurs »? Quel coût moyen représente un abattage dans votre cas?

Eric Simon :
« Nous n’avons pas de contact avec les « tueurs » de l’abattoir ; c’est un travail à la chaîne où chacun a un poste ; nous sommes uniquement en contact avec le bouvier qui réceptionne les animaux et enregistre les papiers.
Il faut aussi comprendre que dans la lutte pour les prix toujours plus bas, tout le monde est écrasé pour que le consommateur paye sa viande toujours moins cher : l’animal, l’éleveur, les salariés des abattoirs et ateliers de découpe.
Les hommes frustrés ont du mal à être compatissants avec les animaux alors qu’eux même ont le sentiment d’être exploités par la société ; ce n’est pas une excuse ! c’est juste un constat : la mère de famille qui récupère ses gosses à la garderie après une journée de travail où elle s’est sentie humiliée par son patron sera souvent irritable et n’aura aucune patience avec ses gosses, qui pourtant n’y sont pour rien et sont eux aussi fatigués d’avoir passé 12 heures loin de la maison … pour revenir à la filière viande, tout le monde est proche du point de rupture : les animaux à qui on demande toujours plus de productivité, les éleveurs à qui on exige toujours plus de production, les salariés à qui on impose des cadences supérieures, le tout sans aucune reconnaissance … donc ça craque de partout !!! »

Pensez-vous que le scandale d’Alès puisse réellement déboucher sur de réels changements en matière de bonnes pratiques dans les abattoirs?


Eric Simon
:
« Je pense que le scandale d’Alès est déjà oublié et ne changera rien à rien …tout le monde s’en fout ! À part quelques personnes isolées … »

Etes-vous favorable au développement de structures d’abattages mobiles ?

Eric Simon :
« Les structures d’abattage mobile sont un joli rêve ; dans l’idéal ce serait surement chouette, mais 12 ans de lutte pour le bien-être animal en élevage, 12 ans de déceptions et de désillusions nous ont appris à chercher des solutions réalistes ; cette proposition est trop à l’encontre du chemin que nous impose l’administration; si déjà on pouvait maintenir un abattoir local ( ou 2) dans chaque département, ce serait un moindre mal ; on va plutôt vers la fermeture des petits outils pour ne faire tourner que des structures vraiment industrielles ».

Quelles sont, selon vous, les solutions prioritaires à développer pour améliorer la prise en charge du bien-être animal dans cette phase ultime ?

Eric Simon :

« En ce qui concerne les pistes d’améliorations, je suis d’accord avec Thierry Schweitzer, c’est un problème global : type d’élevage, quantité d’animaux à élever et à tuer, cadences de travail, prix ; concernant la partie élevage j’ai écrit un autre livre que vous apprécierez : « Elevage durable, omnivore responsable » chez Edilivre ; si l’on accepte une viande issue d’animaux élevés mieux, de la payer deux fois plus cher et d’en manger deux fois moins, on a la porte d’entrée pour que les éleveurs, les animaux, les salariés des usines à viande, les consommateurs vivent mieux et qu’on puisse gérer la mort des animaux avec plus de douceur en prenant le temps de faire ça bien et calmement ; tant qu’on en sera à des cadences de fous, on ne fera que du travail de fous !!
 
Concernant l’abattage rituel, ce qui se passe montre bien à quel point nos responsables politiques et administratifs se moquent royalement du sort des animaux …

A vous associations, de peser comme en Europe du Nord directement sur les chaines de distribution … puisque c’est l’argent qui commande, il faut menacer de taper là où ça leur fera mal : si vous faites campagne en expliquant que du porc à 3 euros le kg, c’est de la viande 100 % souffrance animale, peut être arriverez-vous à enrayer la course au toujours moins cher … ».

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Le parcours d’Éric:

Éric SIMON est né en 1969. Après une formation d’ingénieur en agriculture, il est enseignant dans un lycée agricole durant 11 ans, de 1993 à 2004.
Il est agriculteur depuis 2002, éleveur de porcs en plein air et en BIO ainsi que de brebis en système sylvo-pastoral. Il est installé dans le Lot, sur le Causse de Rocamadour.

Ouvrages publiés et à lire:
Élevage durable, omnivore responsable, Mai 2015, Editions Edilivre.
Une vraie vie de cochons, élever des truies en agriculture biologique, en 2013 aux Éditions Educagri.

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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