Rencontre avec Philippe RADAULT, réalisateur du documentaire « A l’abattoir »

Radault entretien documentaire abattoir

A l'abattoir Philippe RadaultAprès avoir vu le remarquable documentaire de Philippe RADAULT « A l’abattoir », nous avons souhaité rencontrer son réalisateur et comprendre sa démarche, l’interroger sur le bilan qu’il tirait de cette expérience de tournage intense, son rapport aux animaux etc. Nous sommes heureux de vous proposer cette entrevue retranscrite en intégralité ci-dessous.

Philippe nous a répondu avec sincérité sur tous les sujets que nous avons souhaité aborder avec lui. Nous le remercions pour sa franchise, sa belle intelligence et son partage d’expérience.
Nous le remercions tout simplement pour ce documentaire qui interroge notre humanité, sur la manière dont nous donnons la mort aux animaux qui vont nous nourrir. Que se passe t-il à l’abattoir? Que se passe t-il si nous arrivons, le temps d’un documentaire, à nous mettre dans la peau et dans la tête d’un cochon, d’une vache…d’un cheval? Que voulons nous Demain pour nos animaux, comment les traiter dignement? Autant de questions que ce travail nous invite inévitablement à nous poser.

1)    Vous êtes réalisateur de documentaires, comment en êtes-vous venu à vouloir traiter le sujet d’un abattoir ?

« Cela tient sans doute à nombre de raisons. En première place, je dirais qu’il y a une grande sensibilité à la souffrance animale. S’ajoute à cela la découverte d’images très dures montrant l’exploitation des animaux de boucherie et la prise de conscience de son ampleur. Enfin, la crise de la vache folle, qui aura marqué les esprits durablement, avec ces vaches que l’Homme fou a rendu cannibales…
Je suppose que tous ces éléments, entre autres choses, ont dû peu à peu forger ma décision de m’attacher à ce sujet. C’est en fait un assez long cheminement personnel ».

2) Quel est votre rapport aux animaux et en particulier, aux animaux de ferme ?

« Je suis un citadin, j’ai grandi à Paris. Je n’ai jamais eu le moindre contact avec les animaux de ferme, à l’exception de ceux que je pouvais voir à la campagne pendant des vacances scolaires. Dans mon milieu, le contact avec l’animal se résumait au chat domestique ronronnant aux yeux mi-clos !
Comme dans la plupart des familles, d’un côté, nous aimions le compagnon à quatre pattes et détestions les gestes de violences gratuites auxquels nous pouvions assister, de l’autre, nous mangions quotidiennement de la viande sans trop de vergogne et ce d’autant plus que l’abattoir ou tout autre lieu de production de viande nous semblait appartenir à une autre planète, à tout le moins : très éloigné de chez nous et ne nous concernant pas vraiment.
Qu’il découle de tout cela une contradiction n’a donc rien de particulièrement étonnant ».

3) Comment s’est déroulé le tournage au sein de l’abattoir ? (nombre de jours de tournage, scènes coupées ? etc.) Quels ont été vos rapports avec le personnel, les éleveurs, le responsable d’abattoir ?

« Le tournage s’est déroulé très bien, si je puis m’exprimer ainsi. Nous sommes restés là deux semaines (chacune des semaines à un moment différent de l’année) durant lesquelles nous avons eu l’autorisation de filmer tout ce que nous voulions. L’abattoir était de bonne réputation, l’équipement était bon, le personnel bien formé etc. Le directeur était confiant dans son outil. C’était un abattoir moderne où n’étaient traitées que deux espèces : les bovins et les cochons. On n’y faisait pas tout et n’importe quoi donc.
Nos rapports avec le personnel furent vraiment bons. Les employés d’abattoirs que j’ai rencontrés ne sont pas des assassins ou des tueurs à gages, comme le scandent certains végans abolitionnistes imbéciles parce qu’ignorants : ce sont en général de braves types, simples et discrets, souvent pères de famille. A force de les côtoyer, nous avons fini par sympathiser avec certains d’entre eux et avons même parfois pu partager une bière sur la pelouse, à côté du bâtiment, au moment où tous, nous étions exténués par notre journée de travail respective. Je garde un bon souvenir de ces moments, même si j’en suis le premier surpris : je ne pensais pas éprouver cela dans un abattoir !

L’abattoir était de bonne réputation, l’équipement était bon, le personnel bien formé etc. Le directeur était confiant dans son outil. C’était un abattoir moderne où n’étaient traitées que deux espèces : les bovins et les cochons. On n’y faisait pas tout et n’importe quoi donc.

Le directeur et aussi son adjoint se sont montrés cordiaux et disponibles, toujours accueillants : nous les avons tous deux longuement interviewés. Nous n’avons jamais senti la moindre réticence ou défiance de leur part : ce fut carte blanche pour mon équipe et moi ; ils ne nous ont jamais surveillés.

Je suis convaincu que tous ces gens ont parfaitement compris la raison qui m’avait amené à l’abattoir ; ils ont fort bien deviné mon amour pour les animaux et ma volonté de témoigner de leur triste sort ; ils sont loin d’être stupides. Pour autant, je n’ai jamais senti chez eux de jugements spécialement négatifs. Je pense que, dès lors que le respect à l’égard de leur personne était préservé, ils comprenaient mes motivations (s’intéresser à la destinée des bêtes, plus qu’à la leur) et même, dans une certaine mesure, pouvaient les tolérer.
Je n’ai pas rencontré d’éleveurs à l’abattoir : la plupart du temps, ils repartaient aussitôt après avoir déposé leurs bêtes. Il m’a semblé que les éleveurs, dans l’ensemble, ne souhaitaient pas s’attarder dans ce lieu… Même les conducteurs de bétaillères filaient aussitôt leur livraison effectuée.

Je souhaiterais ajouter que ce que je raconte-là ne traite que de mon expérience personnelle dans un seul et unique abattoir. Ce faisant, je ne brosse donc pas un portrait idyllique de l’ensemble des sociétés d’abattage françaises ; j’ai bien conscience que dans bien d’autres endroits de même type, il n’en va pas du tout ainsi ».

4) Votre documentaire montre la réalité des abattages des animaux que nous allons consommer. Après ce tournage, votre vision des choses a-t-elle changée sur ce sujet ?

« Je pense que oui : on ne peut déambuler dans un tel endroit durant des jours sans que cela ne nous marque d’une manière ou d’une autre.
D’un côté, l’endurcissement survient vite (excepté, en ce qui me concerne, pour l’abattage rituel, auquel je n’ai jamais pu m’habituer), car c’est un travail à la chaîne, rapide, répétitif et ces animaux qui tous se ressemblent un peu, meurent un peu tous de la même manière… De l’autre, cet abattage de masse et systématique a quelque chose de très dérangeant, mais cela remue à un niveau plus profond de la conscience. J’ai souvent eu l’impression qu’il se commettait là quelque chose d’anormal, de contre-nature, quelque chose que nous, hommes, n’avions pas le droit de faire (du moins pas comme ça, pas de cette manière) et que pourtant nous faisions.

Le fait est que plus on reste à l’abattoir, plus le premier côté à tendance à prendre le pas sur le second ; en gros, on s’habitue au lieu et on finit par ne plus guère se poser de questions. La routine s’installe alors et c’est un peu la fin du libre-arbitre. J’avais quant à moi suffisamment d’instruction et de volonté pour garder le mien intact et de plus, mon séjour dans l’endroit était de courte durée, mais si j’avais dû travailler au jour le jour sur place, je ne serais pas devenu très différent des hommes que j’ai pu rencontrer là-bas.
Il est important pour moi de ne jamais perdre de vue ce point.

De l’autre, cet abattage de masse et systématique a quelque chose de très dérangeant, mais cela remue à un niveau plus profond de la conscience. J’ai souvent eu l’impression qu’il se commettait là quelque chose d’anormal, de contre-nature, quelque chose que nous, hommes, n’avions pas le droit de faire (du moins pas comme ça, pas de cette manière) et que pourtant nous faisions.

Quant aux pratiques alimentaires, je crois que tout un chacun devrait drastiquement réduire sa consommation de viande, la choisir de la meilleure qualité possible, la payer très cher, à l’instar d’un produit de luxe (quoique ceci peut être sensiblement atténué par la vente directe à la ferme) et privilégier les volailles aux mammifères ».

5) Pourquoi les volailles aux mammifères ?

« Le regard d’une vache qui sait qu’elle va mourir n’a rien à voir avec celui d’une poule dans la même circonstance… En fait, ses yeux ressemblent aux miens.
Vous constaterez que j’assume parfaitement mon attitude spéciste et anthropomorphiste ! »

6) Le film montre des séquences difficilement soutenables d’abattages sans étourdissements de bovins, comment avez-vous perçu ces mises à mort sans insensibilisation ?

« L’abattage rituel des bovins tel qu’il se pratique, c’est-à-dire sans étourdissement, en égorgeant la bête pleinement consciente, selon le rite juif et musulman, fut bien la pire des choses qu’il m’ait été donné de voir dans un abattoir. Pour moi, dans ce lieu, rien d’autre n’atteint un tel niveau d’abjection. C’est extrêmement choquant à contempler ; c’est un massacre d’une cruauté inouïe, de la torture inutile. En outre, s’arroger le droit de commettre cela au nom d’un dieu rend la chose encore plus révoltante.

Je suis tombé nez à nez avec cette pratique, que je ne connaissais pas ; je n’étais au départ pas du tout venu pour m’intéresser à cela. On peut dire que je me suis pris ce spectacle sanglant en pleine figure. Suite à cela, j’ai tenu à rédiger un dossier complet sur la question, que l’on trouve aisément sur Internet en anglais et en français (les références sont indiquées en bas de cette entrevue).
C’est une honte pour notre pays que de tolérer cette pratique en l’état, au nom du respect des croyances, ainsi qu’une lourde responsabilité morale pour les politiques qui défendent cette position, par excès de prudence ou par lâcheté, je l’ignore.

L’abattage rituel des bovins tel qu’il se pratique, c’est-à-dire sans étourdissement, en égorgeant la bête pleinement consciente, selon le rite juif et musulman, fut bien la pire des choses qu’il m’ait été donné de voir dans un abattoir. Pour moi, dans ce lieu, rien d’autre n’atteint un tel niveau d’abjection. C’est extrêmement choquant à contempler ; c’est un massacre d’une cruauté inouïe, de la torture inutile.

J’aimerais tant que Madame Michèle Alliot-Marie par exemple, possible future candidate à la prochaine élection présidentielle de notre pays, ose troquer le tailleur contre la blouse blanche pour se rendre dans un abattoir au chevet d’une bête égorgée ; elle pourrait ainsi mieux contempler son œuvre de « protection des traditions cultuelles »…
Et qui sait ? Peut-être son opinion sur la question évoluerait-elle ?

En ce qui me concerne, je ne vois dans cet acte barbare aucune trace de respect, ni pour l’animal, ni pour les dieux, ni même pour les hommes qui commettent ces gestes au quotidien.
En tant que réalisateur de documentaires, filmant le réel, je milite pour la pratique d’un abattage rituel avec étourdissement (non létal) préalable obligatoire, quel que soit l’avis du religieux sur la question : c’est vraiment le moins que l’on puisse faire pour les animaux de boucherie ».

7) Les mouvements abolitionnistes, devant un documentaire comme le vôtre, nous disent « Il n’y a pas de viande heureuse » et que finalement, la seule solution est de cesser de consommer de la viande. Est-ce votre point de vue ?

« Ce point de vue est estimable et élevé lorsqu’il ne s’applique qu’à soi, irréaliste et puéril lorsqu’il prétend s’imposer à tous, comme unique modèle de société possible : les abattoirs ne sont pas prêts de s’éteindre ; l’humanité n’est pas prête à renoncer à la viande. Il n’y a que les réseaux sociaux pour donner l’illusion d’une déferlante vegan, prête à s’abattre sur le monde. La réalité offre pourtant une peinture bien différente : jamais l’Homme n’a consommé autant de viande, jamais les coproduits animaux n’ont su trouver autant de débouchés différents. Si l’humanité cesse de consommer des produits carnés à court ou moyen terme, ce ne sera pas du tout pour des motifs éthiques, mais seulement écologiques, économiques et/ou sanitaires, ce qui n’est pas du tout la même chose.
Ceci étant, je suis assez enclin à penser que ce combat moral finira par s’imposer à l’échelle planétaire dans quelques siècles.

Il y a trop d’intransigeance, d’intolérance voire de fanatisme dans cette nouvelle mouvance, pas assez de pragmatisme et de sens tactique.

Auparavant, il convient de prendre acte du monde dans lequel on vit et de l’accepter, qu’on le veuille ou non : c’est la première étape, le premier travail sur soi indispensable à mener si l’on veut être par la suite d’une quelconque efficacité dans son combat pour les animaux. Je sais que c’est une chose difficile et je comprends très bien l’impatience des vegans abolitionnistes à vouloir changer les choses tout de suite : lorsqu’on prend conscience de l’ampleur de l’exploitation animale et qu’on aime sincèrement les bêtes, comment ne pas être pressé de voir les choses évoluer rapidement ?

Pour autant, l’amour seul ne suffit pas : il faut ajouter de l’intelligence, de la culture aussi, et je constate tristement que trop souvent, le milieu vegan semble en manquer cruellement. Il y a trop d’intransigeance, d’intolérance voire de fanatisme dans cette nouvelle mouvance, pas assez de pragmatisme et de sens tactique. Trop de vegans se jettent ainsi généreusement dans un combat dont ils n’appréhendent pas du tout les tenants et les aboutissants. Ils gaspillent ainsi leur belle énergie et pire : obtiennent parfois des résultats contraires au but qu’ils recherchaient ».

8) Que voulez-vous dire par-là ?

« Leurs positions et solutions extrêmes finissent par braquer des gens, qui initialement auraient pu être mieux disposés à l’égard des animaux. Pour parler plus vulgairement, à force de se sentir jugés non seulement d’après leurs pratiques, mais sur ce qu’ils sont, c’est-à-dire d’horribles mangeurs de viande, certains n’ont qu’une envie de leur dire merde et de courir s’acheter une côte de bœuf… Pas malin.
Un autre exemple : lorsque j’entends un responsable associatif renvoyer dos à dos étourdissement au pistolet et égorgement en pleine conscience, en arguant du simple fait que la mort de l’animal n’est qu’Injustice, cela me scandalise au plus haut point. C’est une trahison du combat passé mené par des militants, qui, végans ou pas, avaient à cœur d’améliorer le sort des animaux de boucheries au quotidien, en forçant l’adoption du pistolet à tige perforante par le personnel des abattoirs via les politiques.

Je pense à Jacqueline Gilardoni : quel coup de poignard dans le dos ne prend-elle pas, elle et son combat, avec ces nouveaux mouvements forts à la mode, sectaires, rompus à l’exercice du pugilat médiatique et qui tendent à occuper avec beaucoup d’impudence tout l’espace de la cause animale.

Je veux poser une question : si plus aucune personne aimante des animaux ne prend la peine d’aller sur le terrain, d’essayer d’entrer dans les abattoirs pour tenter d’améliorer leur condition de vie, qui d’autre le fera ? »

A l’heure actuelle, alors que l’étourdissement régresse tous les jours un peu plus au profit de l’égorgement à vif et qu’il faudrait donc sans délai reprendre le flambeau de ce combat pour la pratique systématique de l’étourdissement avant la mise à mort datant des années 60, les végans abolitionnistes, eux, se permettent de s’affranchir de cette nécessité et de tout envoyer balader, au nom de l’idée qu’ils se font d’une sainte Justice. C’est très regrettable et c’est aussi une lourde responsabilité qu’ils prennent-là, car à cause de leur désaffection pour le sujet, la mort des bestiaux pourra se faire avec toujours plus d’agonie : il suffit d’observer le fulgurant développement du tout Halal de ces dernières années. En attendant cette hypothétique fin des abattoirs donc, cela signifie pour les animaux : plus d’égorgement conscient et moins d’assommement ou d’électronarcose… Tout cela va-t-il dans le bon sens ?

Par ailleurs, militer pour la fermeture des abattoirs, nier le lieu, c’est finalement et bien souvent pour le végan militant abolitionniste une manière de s’en laver les mains et de s’auto octroyer le droit de n’y plus prêter la moindre attention. Peu importe alors la manière dont les animaux y sont conduits, traités, abattus, on est contre l’existence même de l’abattoir, alors : advienne que pourra ! Même chose pour tout ce qui touchera à l’élevage, au transport des animaux etc. Vu que c’est la mort qui est au bout du chemin : on est contre et ça ne doit pas exister ! Posture commode qui permet de se contenter de défiler dans la rue en psalmodiant ses idéaux célestes ou, pour les gens instruits, de rester dans sa bibliothèque chauffée à concevoir des systèmes de pensées froidement logiques, tels le véganisme abolitionniste ou l’antispécisme, en attendant des jours meilleurs.

Je veux poser une question : si plus aucune personne aimante des animaux ne prend la peine d’aller sur le terrain, d’essayer d’entrer dans les abattoirs pour tenter d’améliorer leur condition de vie, qui d’autre le fera ? »

9) Finalement, que retenez-vous en tant que réalisateur et en tant qu’homme de ce tournage ?

« En tant qu’homme, je retiens que même un sensible bourgeois de la capitale venu pour défendre les animaux de ferme peut très vite s’habituer à l’atmosphère d’un abattoir et à sa dureté. L’homme est ainsi fait je suppose : grandes peuvent être ses capacités d’adaptation et ceci n’est pas une chose forcément rassurante et dont l’on doit se flatter.

Pour ce qui est du réalisateur, je suis heureux d’avoir su trouver la force de ne pas détourner mon regard des animaux pour me « raccrocher » à l’humain comme à une bouée de sauvetage, comme c’est le cas de la plupart des livres, documentaires ou reportages sur le sujet qui sortent avec la régularité d’un métronome : citons respectivement À L’Abattoir (2016) de Stéphane Geffroy et Pierre Rosanvallon, Entrée du personnel (2011) de Manuela Frésil ou Une vie de cochon (2013) de Olivia Mokiejewski. Tous ces objets-là, parmi tant d’autres, sont tombés dans le panneau classique consistant à ne pas ou à ne plus vouloir regarder les animaux, un peu encombrants, dont on ne sait trop que faire, qui crèvent par milliers devant nous et à déporter le regard vers le malheureux ouvrier aux articulations douloureuses, qui souffre au travail et qui risque de surcroît de le perdre.

Tous ces réalisateurs et écrivains n’ont pas su ou voulu dépasser ce tabou de la mort de l’animal. Pour eux, la bête d’abattoir est restée « ce sein que l’on ne saurait voir ».
Chose triste, surtout lorsqu’on proteste de son intérêt pour le lieu ».

10) Seriez-vous prêt à refaire un tel documentaire dans une autre structure d’abattage ?

« Mon documentaire est une autoproduction, ce qui m’a heureusement permis d’en conserver la maîtrise totale ; je n’ai donc pas eu les plus gros budgets d’Arte ou de France Télévisions pour mener ce travail. Je l’ai fait quasiment tout seul et avec très peu d’argent, par rapport aux productions télévisuelles. Aussi, le refaire, pourquoi pas (encore que je n’aime pas trop traiter deux fois du même sujet), mais plus de cette manière ».

11) Un peu d’espoir pour finir : vous qui avez suivi ces hommes et ces animaux pendant des jours, comment pourrions-nous, en tant qu’association, participer à l’amélioration des conditions d’abattage ?

« En continuant à faire ce que vous faites ! Militer pour l’abattage des animaux à la ferme me semble un bon chemin à suivre (à la condition qu’il soit assorti d’un étourdissement efficace) : c’est un objectif précis et délimité. Raisonnable et réalisable aussi. Nous ne sommes-là pas dans l’utopie, mais dans le pragmatisme, les pieds dans le sang si j’ose dire.
Je crois que c’est important d’avoir des ambitions modestes, qui ne le sont pas vraiment, puisque vous êtes très bien placée pour savoir que la tâche s’avère déjà immense et les résistances, de tous côtés, d’emblée des plus farouches…

Nous ne sommes-là pas dans l’utopie, mais dans le pragmatisme, les pieds dans le sang si j’ose dire.

Je dirais aussi que l’on peut être très efficace tout seul dans son coin, avec l’étude et la maîtrise d’un sujet précis, une forte volonté, deux ou trois recommandés avec avis de réception bien placés voire une caméra au bon endroit, au bon moment… Tout cela peut être fait sans nécessairement beaucoup d’argent et c’est souvent bien plus efficace que de signer un chèque à une « respectable » association de protection animale, sans savoir avec certitude ce qui adviendra effectivement de cette somme.

En résumé : dès lors qu’on accepte que les choses n’évoluent que lentement et qu’on risque fort de ne pas recueillir les fruits de son combat de son vivant, il faut se faire confiance, s’instruire et aller voir par soi-même ».

 Entretien réalisé par Madame C. Brousseaud, Présidente de l’AFAAD

Extrait de À L’ABATTOIR (52′ – 2015), documentaire de Philippe Radault diffusé intégralement sur la chaîne Télé Bocal (canal 31 – TNT) le 27/04/2016 / Extract of LIFE IN THE SLAUGHTERHOUSE (52′ – 2015), a documentary by Philippe Radault.
Toute reproduction/diffusion interdite sans l’autorisation de l’auteur.


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    « A l’abattoir », réalisation Philippe Radault. Ce film tente de recréer le lien volontairement brisé par l’homme entre le vivant et la viande en présentant la condition de l’animal au sein d’un grand abattoir moderne, ses sensations, ses émotions et intuitions…In fine, il se pourrait que les spectateurs en viennent à ressentir comme une étrange et inquiétante familiarité envers ces autres mammifères de passage.
  • Consulter le dossier intégral sur les abattages rituels réalisé par Philippe Radault :
    En français
    En anglais

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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