Conditions d’abattage et abattoirs : la parole aux éleveurs

Témoignages éleveurs sur l'abattage des animaux

L’AFAAD travaille avec de nombreux éleveurs afin de recueillir leur sentiment concernant les conditions d’abattage actuelles de leurs animaux.
Premiers concernés par le destin des animaux qu’ils soignent et qu’ils élèvent, il est fondamental qu’ils puissent s’exprimer librement sur ce sujet. Il s’agit aussi de comprendre leurs attentes, les problèmes qu’ils identifient dans leur quotidien et les moyens d’améliorer la prise en charge de leurs bêtes lors de la mise à mort.

Une demande forte revient de la part de l’ensemble de ces éleveurs : ne plus passer par un circuit d’abattage industrialisé où la cadence est la seule norme. Les éleveurs veulent être en capacité d’abattre leurs animaux à la ferme, là où ils naissent, pâturent et vivent. Ces éleveurs nous font part des procédures industrielles d’abattage des animaux qui génèrent stress et souffrance pendant leur transport et leur séjour en abattoir. Aujourd’hui, certains d’entre eux, refusent de voir la vie de leurs animaux se terminer en ces lieux.
La confiance est aussi souvent rompue, vis à vis d’un lieu dans lequel il leur est impossible de pénétrer quand bien même on y abat leurs animaux!
Entre éthique, devoir moral et réalité économique, rencontres.

Stéphane, éleveur dans la Drôme nous confie ses priorités en matière d’abattage

Stéphane est paysan bio-dynamiste en polyculture-élevage dans la Drôme.

« Dans le cadre d’un abattoir de proximité, pouvoir accompagner l’animal et être présent au moment du sacrifice (en prenant en compte bien évidemment les critères de sécurité).
Que l’acte d’abattage et la mise en carcasse puissent avoir lieu sur le lieu de vie de l’animal, au moins pour une partie des animaux.
En tout état de cause il me semble urgent et primordial que du temps supplémentaire soit accordé à ce moment primordial par lequel une vie, en passant par la mort, va nourrir d’autres vies. Et que ce temps accordé soit garanti dans le cadre d’un protocole et d’un règlement ad hoc. »

Dans le cadre du Collectif Quand l’abattoir vient à la ferme, Stéphane avait aussi livré ce beau témoignage en vidéo :

Stéphane, éleveur de Highlands dans le Puy de Dôme

Depuis 2011, Stéphane élève un petit troupeau de vaches Highlands aux portes du massif du Cézallier à une vingtaine de kilomètres d’Issoire, sous mention Nature et Progrès.
Voici quelques unes de ses suggestions concernant l’abattage des animaux dans l’éthique de son élevage.

« Les animaux dont j’ai la charge ont une croissance lente (5 ans pour faire un bœuf uniquement nourri à l’herbe).
Le travail d’élevage et de soins apporté aux animaux répond à mon éthique d’élevage en terme de bien être animal, de qualité de la viande, de respect de l’environnement et du consommateur. L’objectif est de commercialiser un produit sublimé qui, sous la forme de viande, doit transférer toute l’énergie, la force, la tranquillité et le bien être qu’on pu avoir mes animaux de leur vivant.
Pour cela le bon déroulement de l’étape d’abattage est primordial. Je ne conçois pas une fin de vie dans le stress et la souffrance pour transmettre les qualités conférées à la viande issue de ces animaux.
Un point également important. Mon élevage est en plein air intégral (les animaux vivent toute l’année dehors à l’abri des arbres et des haies, ils ne sont jamais rentrés dans un bâtiment).
De manière optimale et pour le respect de tous, je conçois l’abattage au pré (cela existe en Allemagne). L’animal est tué au pré en présence de ses congénères, puis saigné dans un caisson réservé à cette effet (absence totale de stress pour tous). En revanche dans le respect d’un temps imparti, l’animal est transporté mort à l’abattoir (dans le respect des conditions d’hygiène (caisson inox réservé à cet usage tracté par un véhicule), en vue de la poursuite des étapes d’éviscération, dépeçage, maturation en chambre froide, découpe, colisage.

Dans ce cadre le respect de l’animal, du consommateur et de l’éleveur est pris en considération. L’éleveur assume son travail d’éleveur de la naissance à la mort de l’animal (un tueur agréé pourrait faire l’acte de mise à mort au pré à l’aide d’un projectile balistique + silencieux). Ce moyen d’abattage maintiendrait les petits abattoirs qui se font de plus en plus rares dans nos campagnes.  La chaine de transformation de l’abattoir est préservé, ainsi que les emplois locaux.
D’un point de vue réglementaire, la visite ante mortem pourrait être effectuée par le vétérinaire du secteur agréé, et la visite post mortem pourrait s’effectuer en abattoir.
L’utilisation d’un camion abattoir mobile pourrait également être envisagée, si la structure « abattoir » se trouve trop éloignée pour réalisé les étape post mortem ».

Elia, éleveuse de bovins bios dans le département des Alpes de Haute Provence

Elia nous confie l’importance du matériel d’abattage et des conditions de transport des animaux, éléments que nous avions longuement développés dans nos interviews déjà parues sur ce blog.

« Selon moi les conditions de contention à l’abattoir doivent être irréprochables.
L’arrivée dans un lieu inconnu et le stationnement jusqu’au lendemain est très stressant pour les animaux.
Les installations doivent être en bon état et pensées pour faciliter le tri des animaux et le déchargement à l’arrivée.
Il faut tout mettre en œuvre pour assurer le moins de stress possible aux animaux et le plus de sécurité pour les éleveurs ou les employés de l’abattoir ».

Stéphane, éleveur de races rustiques en Dordogne

Stéphane élève depuis de nombreuses années des cochons gascons à pieds noirs, des vaches Dexter, ainsi que des poulets en plein air dans des prairies qui sont semées chaque année avec un mélange de graines de prairie bio que lui fourni un éleveur anglais dans le Gers. Ces deux races très anciennes sont considérées comme « rustiques » ce qui signifie qu’elles sont très résistantes aux maladies. Stéphane soigne toutes ses bêtes à l’homéopathie et assure qu’il n’y a aucun entrant chimique sur sa ferme. Il ne possède pas la certification bio mais ses bêtes sont nourries et élevées dans des prairies semées en bio.

Stéphane nous explique en vidéo sa volonté d’accompagner ses animaux jusque dans la mort, de l’assumer et de leur assurer une mort à la hauteur de leur existence.
Ses expériences de l’abattoir industriel, ont laissé des traces. Il a pu constater par le passé la panique de ses animaux lors de la phase de transport et celle de l’attente en bouverie. Pour lui, cette souffrance évidente est non négociable, il est donc urgent de développer des alternatives pour les éleveurs qui le souhaitent.
Et enfin, pour Stéphane, il faut remettre du bon sens dans l’élevage et l’abattage.


Concernant le développement d’un camion-abattoir mobile et de l’abattage à la ferme, vous pouvez vous rapprocher du collectif Quand l’abattoir vient à la ferme.
Merci à l’ensemble des éleveurs qui ont répondu sans détours à nos questions.  C’est ainsi que nous pourrons faire porter la voix des premiers concernés par la mort des animaux.

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

Soyez le premier à commenter cet article sur "Conditions d’abattage et abattoirs : la parole aux éleveurs"

Laisser un commentaire