Aïd el-Kébir 2016 : Citoyens, demain, que restera-t-il de notre indignation générale ?

L'AFAAD et l'Aïd el-Kébir 2016

12 septembre 2016, célébration de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir en France, et partout dans le monde. Les fidèles sont appelés à faire le sacrifice d’un mouton, qui sera abattu selon le rituel prescrit : c’est-à-dire saigné en toute conscience.
Nous y sommes ! Les médias s’emparent du sujet, associations et fondations dénoncent tantôt une coutume barbare, tantôt des risques sanitaires sur fond de propos humant discrètement le bleu marine. Citoyens et citoyennes découvrent l’une des réalités des abattages au XXIe siècle et crient leur effroi, leur colère et pire encore, leur haine … Effarés qu’ils sont devant leur page Facebook vomissant le sang des innocents qui inonde les posts des amis de la protection animale. Chacun y va de son appréciation morale, de sa leçon d’humanité, de sa certitude.

Abattages conventionnels : sommes-nous à ce point irréprochables?

Une question m’entête depuis des semaines, des mois, depuis la création de l’AFAAD : Mais pourquoi donc l’abattage sans étourdissement est depuis plus de 20 ans l’unique débat public sur l’abattage ? Sommes-nous à ce point irréprochables dans les abattoirs « conventionnels » ? Quelque chose m’aurait alors échappé : nous avons dû trouver LA méthode parfaite pour éradiquer la peur, l’angoisse, la détresse et la souffrance physique des animaux lors de la mise à mort ? Malheureusement, non…

Derrière le terme d’étourdissement, qui vise à priver l’animal de sa conscience, et à rendre la mise à mort moins douloureuse, il y a mille et un cas de figures. Il y a des étourdissements réussis qui assurent à l’animal l’inconscience, et il y a aussi ces pinces à électronarcose qui viennent se poser maladroitement au mauvais endroit, l’animal recevant de multiples décharges électriques sans pour autant être rendu inconscient à l’issue de ces chocs douloureux. C’est alors la double peine…D’abord, les chocs électriques inopérants, puis, si les cadences l’exigent la saignée immédiate, sans prendre le temps d’étourdir de nouveau l’animal. Nous y sommes, nos abattoirs « conventionnels » ne sont pas irréprochables…ont de gros progrès à faire !

Mais nous, « citoyens consommateurs », nous faisons confiance ! Combien de fois, nos bénévoles entendent sur le terrain ces propos : « Voyons, les animaux que nous consommons ne sont pas abattus de la sorte, ils sont étourdis, ne souffrent pas ! ».

Prévenir la souffrance animale lors de l’abattage, un devoir moral pour une société évoluée

Nous sommes le 14 septembre, la célébration de l’Aïd se termine.
Il reste le sang des bêtes, les images chocs de moutons rescapés, la découverte des abattoirs clandestins, les articles délétères.
Alors, je passe outre ma peine devant tant de souffrance animale et devant tant de bassesse humaine.
Je regarde en direction de l’abattoir d’Ezanville, abattoir 100% rituel, qui a repris son rythme de croisière, celui-là même qui est déjà oublié, en attendant l’an prochain, la prochaine fête de l’Aïd…L’indifférence est venue de son manteau invisible clore les débats pour 365 jours.

Et pourtant, nous allons poursuivre notre combat pour que chaque animal puisse être étourdi préalablement à sa saignée, mais nous ne le mènerons pas avec comme énergie la haine de l’autre. Nous allons poursuivre notre sensibilisation tout au long de l’année, sur ce sujet si sulfureux, mais aussi sur tous les autres sujets qu’il est urgent de traiter, et de porter à la connaissance des consommateurs.

Offusquez-vous des abattages sans étourdissement,
Offusquez-vous des cadences d’abattage ,
Offusquez-vous des étourdissements mal opérés,
Offusquez-vous des animaux menés à l’aiguillon électrique pour avancer jusqu’au piège,
Offusquez-vous du silence qui enveloppe la mort des animaux que nous consommons,
Offusquez- vous des systèmes de mise à mort industriels que nous engendrons par notre seul acte d’achat…

Je pourrais ainsi continuer l’énumération, elle est presque sans fin…infinie.

Oui, être digne c’est éviter la souffrance aux animaux qui nous offrent leur vie

Jamais la mise à mort d’un animal ne sera douce, agréable, mais elle peut être digne de l’animal que nous allons ainsi sacrifier. Etre digne de lui, c’est tout mettre en œuvre pour lui éviter la peur, l’angoisse et la souffrance physique.
Cette mort devrait toujours moralement être source de réflexion, et pour celui qui la donne, et pour celui qui en bénéficie. Dans un système industriel de mise à mort, cette réflexion n’a pas de place, volontairement elle est refoulée ! La cellophane des barquettes de viande enrobant de manière luisante un secret inavouable nous exonère de cette réflexion.

Que nous sommes lâches !

Que reste-t-il de notre capacité d’indignation ? N’existe-t-elle que pour les abattages rituels ? Pourquoi ces animaux qui hier nous semblaient si importants, sont aujourd’hui oubliés dans la bouverie de l’abattoir d’Ezanville ?  Pourquoi a-t-on acheté, sans se poser de questions sur la méthode d’abattage, du faux-filet pour ce midi ? Suis-je bête : « Parce que le bœuf a été étourdi, sans souffrir ! »

Non, je suis convaincue que l’étourdissement systématique, quoiqu’indispensable, ne dédouane nullement d’une réflexion éthique bien plus large sur notre rapport à la mort des animaux que nous consommons.

C’est notre combat, puisse-t-il Demain devenir le vôtre.

 La présidente de l’AFAAD

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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