Abattoirs : un seul combat, la lutte contre la souffrance animale

Abattoir, AFAAD contre la souffrance animale

Le scandale est cette fois venu de l’abattoir du Vigan, dans le département du Gard.
Les images violentes, montées en séquences-chocs donnent la nausée, tant la terreur et l’inhumanité qui s’en dégagent nous laissent démunis, nous spectateurs de ces scènes à peine concevables! Mais quel être humain peut infliger une telle souffrance gratuite et oser en rire?
Les défenseurs de la cause animale se mobilisent sur les blogs, les réseaux sociaux, prennent la parole dans la presse. Simultanément, la pétition initiée par L214 se propage comme une traînée de poudre, les discours s’entrechoquent, les esprits s’échauffent entre partisans de l’abolition des abattoirs et mouvements progressistes qui réclament entre autres et à minima, un réel engagement des services vétérinaires dans le contrôle des abattoirs.
Tous au service de la cause animale, mais avec des finalités bien différentes et qui péniblement, essayent de mobiliser malgré ces énormes clivages.

L’AFAAD condamne fermement ces actes qui doivent être sévèrement sanctionnés

Cette fois-ci, les autorités de l’État doivent faire des propositions sur le lourd dossier des abattoirs

Naturellement, notre association condamne fermement ces agissements qui sont dramatiques, et qui doivent être sévèrement punis et sanctionnés, vraiment sanctionnés! Nous saluons la mobilisation des grandes associations et fondations qui se constituent partie civile dans ce dossier (SPA, Fondation 30 Millions d’Amis, OABA etc.). Malheureusement, notre création récente ne nous permet pas encore de mener une telle action judiciaire.

Plus que tout, nous souhaitons que ce nouveau scandale soit le gage d’un engagement concret de la part des autorités ministérielles dans ce lourd dossier des abattoirs. Cette fois, les promesses ne sauront suffire, nous avons vu ce que cela donnait concernant l’abattoir d’Alès.
Le gouvernement doit être en mesure de présenter des propositions concrètes notamment en matière de fréquence et de qualité des contrôles de l’ensemble des abattoirs : le temps de confier ces contrôles à des autorités indépendantes des services de l’Etat n’est-il pas venu?
Il s’agira aussi de se plonger rapidement dans le dossier sensible des recrutements des personnels intérimaires, qui bien que non-qualifiés, sont recrutés pour effectuer la « tuerie » (voir notre article: Enquête : Quand des intérimaires abattent les animaux).
Les dysfonctionnements pointés du doigt par de nombreuses associations doivent aujourd’hui pouvoir trouver une réponse, au nom des millions d’animaux qui sont abattus dans des conditions indignes et inhumaines.

Agir sur l’existant et développer un autre type d’abattage

Au regard des faits dramatiques constatés dans les abattoirs ces dernières années, l’amélioration des conditions d’abattage semble être une chimère dans ce pays.  C’est aussi pourquoi notre association essaye d’opérer à plusieurs niveaux pour améliorer cette situation alarmante.
Au premier niveau, nous portons des propositions en matière de contrôle des abattoirs, de formation des personnels, de présence des services vétérinaires, de vidéo-surveillance au poste d’étourdissement etc. (Consultez notre pétition).

Au second niveau, l’AFAAD travaille à des alternatives viables à ces abattoirs qui ne répondent nullement aux besoins des éleveurs que nous rencontrons au quotidien.
L’abattage à la ferme et les abattoirs-mobiles, comme ils existent par exemple en Allemagne, doivent être pour nous aussi une sérieuse base de travail et d’avancée. Ce système permet notamment à l’éleveur de contrôler la bonne mise en œuvre de l’abattage (étourdissement notamment), et d’accompagner l’animal jusqu’à la fin. Il s’agit tout simplement d’assumer la mort et de ne pas déléguer à autrui cette délicate et importante mission.
D’ailleurs, lors de notre rencontre avec le vétérinaire Thierry Bedossa, ce dernier nous a confié que seule cette alternative pourrait permettre d’améliorer le sort des animaux : moins de stress, pas de transport, pas de panique et d’attente en bouverie etc. (Consultez l’interview de Thierry Bedossa).

En outre,  notre ligne est claire : nous ne soutenons pas les discours du mouvement abolitionniste.
A nos yeux, il est évident que la fermeture des abattoirs sur notre territoire ne réglerait nullement le problème de la mort des millions d’animaux que nous produisons en France : plus d’abattoirs en France? Et bien nous irons faire abattre les bêtes dans les pays de l’Est, après un long voyage de souffrance et où cela coûtera en plus, moins cher! D’ailleurs, si cette hypothèse s’avérait un jour mise en pratique, nous n’aurions plus aucuns moyens de contrôles.
Porter un tel discours est irresponsable. Culpabiliser les consommateurs de produits carnés est stigmatisant et ne permet malheureusement pas d’engager le dialogue et la sensibilisation.

L’AFAAD porte une conviction : refuser de manger de la viande est une prise de conscience intime, elle ne s’impose pas, elle se vit personnellement. Chacun est libre de ses choix, de ses actes, de leurs conséquences, de leurs impacts.
C’est aussi ce qui fait la richesse de notre association et des idées qui peuvent ainsi émerger : nous travaillons tous pour améliorer et sensibiliser sur le sort des conditions d’abattage des animaux, avec l’ensemble de ceux qui se sentent concernés par ce sujet.

Quand même les éleveurs refusent d’emmener leurs animaux à l’abattoir!

Notre association travaille sur le sujet des abattoirs en rencontrant ceux et celles qui y sont confrontés au quotidien : les éleveurs. Forts de ces échanges, nous sommes consternés par ce que nous racontent en toute sincérité, certains d’entre eux.

Pas plus tard que la semaine dernière, Stella éleveuse Creusoise nous confiait ceci au sujet de l’abattage de ses bêtes: « ll est une réalité : quand les abatteurs mettent en route la chaîne d’abattage halal, cela prend du temps et parfois, pour économiser la mise en place au retour à la chaîne dite « classique », ils poursuivent sur la chaîne halal. Du coup, on a souvent beaucoup plus de bêtes tuées en halal qu’on ne le croit, il faut instaurer un réel contrôle sur cela ! ».

Un autre éleveur avec lequel nous travaillons sur différents projets, nous avoue assumer lui même l’abattage de ses cochons à la ferme en leur tirant une balle dans la tête. Aujourd’hui, il est dans l’illégalité totale. Pourtant, cela répond à l’obligation morale et éthique qu’il a envers ses bêtes. Ayant constaté la terreur et la panique de ses cochons à l’abattoir, les mauvais traitements, il refuse désormais d’emprunter le chemin de la « tuerie municipale ».
Cette situation devrait alerter les pouvoirs publics, mais personne ne reçoit ces éleveurs dans les bureaux du Ministère.

Deux urgences complémentaires pour aider les animaux d’abattoirs

Aujourd’hui l’enjeu est d’apporter des solutions concrètes pour régler les graves dysfonctionnements identifiés dans les abattoirs, au-delà des clivages associatifs et des groupes de pression hétérogènes (abolitionnistes, végétariens, welfaristes etc.).
Ce qui doit primer, au-delà des convictions, au delà des combats d’idées, c’est bien la protection des animaux lors de la phase de transport et d’abattage. L’abattage a lieu, chaque jour dans les centaines d’abattoirs du territoire : il faut agir!

Selon nous, l’urgence n’est pas de convertir la masse des consommateurs au véganisme, l’urgence est de proposer des solutions concrètes à mettre en œuvre au plus vite par les services de l’État et les abatteurs. La commission d’enquête de la sénatrice Sylvie Goy-Chavent doit pouvoir aboutir, tout comme les propositions portées dans notre pétition ou par l’OABA et les grandes organisations.

L’autre urgence se situe au niveau des consommateurs. Ainsi, nous avons pu constater, lors de nos échanges avec les éleveurs, que le consommateur doit prendre pleinement la mesure de ce qu’il consomme. Certains éleveurs nous ont dit en ces termes : « Cela a coûté une vie, ça se respecte, ça s’honore ».
En d’autres termes, il faut selon eux redonner une réelle symbolique à l’acte de consommation d’un animal, si barquette soit-il!
Cet enjeu est crucial, il se situe au cœur des nombreuses actions de sensibilisation que nous menons sur le terrain. Selon nous, on ne doit plus « consommer » aveuglement de la viande, on doit pouvoir attacher à cet acte d’achat, lourd de conséquences pour une vie animale, une dimension morale, éthique et presque spirituelle.

Finalement, si l’image permet de déclencher un mouvement citoyen en faveur de l’amélioration du sort des animaux dans les abattoirs, elle est salvatrice. Mais ça, seul l’avenir nous le dira…
Plus que jamais, unissons les forces au service d’une seule cause : la lutte contre la souffrance animale.

C.BROUSSEAUD, Présidente de l’AFAAD

A propos de l'auteur

AFAAD
Association en faveur de l'abattage des animaux dans la diginité. Nous nous battons pour que chaque animal soit étourdi préalablement à sa mise à mort.

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